Il y a de l’intimidation dans mon école: quelles formes et quelles conséquences?

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C’est en 2011 que le Québec a pleinement pris conscience de la problématique de l’intimidation sco­laire avec le suicide de la jeune Marjorie Raymond, à Sainte-Anne-des-Monts, vic­time d’actes d’intimidation répétés. À la suite de cet événement dramatique, le gouvernement québécois a décidé d’éla­borer un nouveau projet de loi. Ce projet, destiné à lutter contre les violences scolaires, impose aux écoles du Québec d’établir un plan d’action afin de réduire la prévalence d’enfants et d’adolescents victimes d’intimidation. Au Canada, l’inti­midation affecte environ 20 % des enfants âgés de neuf à treize ans.

L’intimidation sous toutes ses formes

Définir l’intimidation scolaire n’est pas chose facile, car elle prend plusieurs formes et émerge dans des contextes va­riés. En général, lorsqu’on parle d’intimi­dation, la première image qui nous vient à l’esprit est celle d’un élève « bagarreur » qui effraie les autres en les menaçant physiquement. Toutefois, l’intimidation scolaire revêt bien d’autres formes. En ef­fet, l’intimidation renvoie à une exposi­tion répétée à des paroles ou à des actes empreints de violence, commis par une ou plusieurs personnes, et ayant pour objectif de blesser la victime, favorisant donc une relation de pouvoir inégale entre l’intimidateur et la victime. L’inti­midation peut être directe, par exemple, sous forme d’agressions physiques ou de paroles blessantes, mais aussi indirecte, comme la propagation de fausses ru­meurs ou encore l’exclusion d’un groupe. Cette violence indirecte ne doit donc pas être sous-estimée, car plusieurs consé­quences néfastes pour le développement de l’enfant lui sont aussi associées.

L’intimidation et ses conséquences

Plusieurs études longitudinales ont montré que les victimes d’intimidation tendent à vivre plus de difficultés dans leur développement émotionnel, psycho­logique et social comparativement aux en­fants n’ayant pas vécu d’intimidation. Un des éléments clés est le facteur temps. En effet, il arrive qu’une victime d’intimida­tion ne vive pas de conséquences à long terme à la suite d’actes d’intimidation, car il s’agit d’une situation éphémère. Néan­moins, lorsque les actes persistent, al­ler à l’école peut devenir un vrai calvaire. L’estime personnelle peut alors être af­fectée, car cette situation change pro­fondément le regard que l’enfant porte sur lui-même et sur son environnement. Certains signes de détresse, des symp­tômes d’anxiété ou de la dépression peuvent aussi apparaître. Par exemple, l’enfant peut avoir de la difficulté à dormir la nuit, être irritable, être anxieux lorsqu’il est séparé de ses parents et même mon­trer un déséquilibre dans le fonctionne­ment de certains systèmes physiologiques (p. ex. : ses hormones de stress). Afin de se protéger, il est possible qu’il cherche à fuir certaines situations et à s’isoler des en­fants qui l’intimident et aussi des autres, augmentant ainsi sa perception du danger dans son environnement et les difficul­tés associées à l’expérience de l’intimida­tion. Les victimes ne vivent pas toutes les mêmes difficultés et ne les vivent pas à la même intensité non plus. On dit qu’elles sont plus ou moins résilientes par rapport à ces expériences. Les facteurs expliquant ces différences sont à déterminer, mais concernent probablement certaines ca­ractéristiques innées, comme le tempéra­ment, mais aussi le soutien familial et les expériences passées de la victime.

Plus de 80 % des écoles québécoises ont établi un plan d’action

La lutte contre l’intimidation scolaire re­présente un combat quotidien auquel plusieurs écoles sont activement enga­gées. Pour cela, des travaux en classe et des ateliers informent les élèves des risques et des conséquences de l’intimi­dation, mais ces programmes demeurent limités. Certains chercheurs explorent de nouvelles pistes d’intervention ci­blant principalement les victimes. Par exemple, la professeure Ouellet-Morin et son équipe de l’Université de Montréal développent de concert une application mobile, nommée « + fort », pour lutter contre l’intimidation. Avec cet outil, l’en­fant peut en apprendre davantage sur l’intimidation ainsi que sur les stratégies les plus efficaces à adopter. Le message véhiculé est qu’il est possible de ressor­tir plus fort de ces expériences, aussi dé­sagréables soient-elles.