À la suite d’un événement traumatique : mes réactions sont-elles normales?

dissociation

J’étais sur le pilote automatique…J’ai eu un blanc de mémoire…Ça me semblait irréel…J’avais l’impression d’être dans un film…

L’exposition à un événement traumatique s’accompagne généralement d’un grand sentiment de détresse chez la victime. Il est relativement fréquent pour cette dernière de vivre des réactions dissociatives. Mais comment savoir si la victime a déjà vécu de telles expériences?

La dissociation s’oppose à l’association, qui désigne la manière coordonnée avec laquelle le cerveau fonctionne et le psychisme s’organise. Plus concrètement, la dissociation implique une difficulté à intégrer ou à traiter l’information liée à l’événement, c’est-à-dire une difficulté à se le représenter ou à lui donner un sens. Involontairement, la personne dissociera pour chasser l’événement de sa conscience, pour s’en désengager émotionnellement ou pour cesser ou éviter d’y penser. On emploie le terme dissociation péritraumatique pour désigner ces symptômes qui s’imposent à la personne durant l’événement traumatique ou dans les quelques minutes ou heures qui suivent celui-ci.

Les réactions dissociatives peuvent prendre différentes formes. On parle de dépersonnalisation si la victime d’un événement traumatique a eu l’impression d’être détachée de son corps, d’être partie ailleurs ou d’avoir joué un rôle de spectateur. Des sentiments de détachement sont aussi fréquents, soit une incapacité à ressentir ce qui se passe, à vivre ses émotions. La personne peut également avoir eu l’impression que l’événement ne faisait pas partie de la réalité ou qu’elle était dans un rêve, une pièce de théâtre. C’est ce qu’on appelle la déréalisation. L’événement en entier ou certaines parties importantes peuvent également être complètement oubliés. Il s’agit de l’amnésie dissociative. Finalement, une perte de conscience du temps ou de l’environnement s’exprime comme de la confusion ou de la désorientation par rapport à l’environnement.

La dissociation péritraumatique peut également être comprise comme un mécanisme de défense, soit un moyen inconscient au-quel la victime a recours afin de se protéger et de tenter de survivre à l’événement.

L’exposition à un seul événement potentiellement traumatique est suffisante pour provoquer des réactions dissociatives. Bien qu’aucune victime ne soit à l’abri, certaines personnes présentent des facteurs de risque, c’est-à-dire des caractéristiques qui peuvent les rendre plus susceptibles de vivre des réactions dissociatives. Il peut s’agir, par exemple, d’avoir été exposé à un événement impliquant des attaques physiques ou sexuelles, plusieurs attaquants ou encore d’avoir un historique de traumas à l’enfance. Somme toute, des précautions s’imposent lorsque les réactions dissociatives sont persistantes, à savoir, celles qui se maintiennent plusieurs jours après l’événement. Certaines personnes sont toutefois plus hésitantes à consulter ou n’en voient pas la pertinence, car les symptômes dissociatifs procurent parfois un « faux » sentiment de protection, en empêchant une réflexion plus approfondie de l’expérience vécue. Il faut cependant retenir que les quelques bénéfices de la dissociation sont habituellement de courte durée. Les expériences dissociatives sont souvent responsables de précipiter d’autres difficultés à long terme, comme le sentiment d’être détaché des autres ou de ses émotions, tant négatives que positives. De plus, en raison de liens établis entre ces symptômes et le risque de survenue d’un ESPT, chercher du soutien professionnel peut s’avérer nécessaire. Une aide thérapeutique peut aussi prévenir de futures réactions dissociatives ou le développement d’un ESPT. Concrètement, le psychologue spécialisé auprès des victimes d’événements traumatiques explorera la chaîne d’événements précipitant les expériences dissociatives, soit les pensées, les émotions et les circonstances de l’environnement. Si vous avez vécu un événement traumatique et que certaines de vos réactions s’apparentent à des expériences dissociatives et vous causent de la détresse, n’hésitez pas à consulter un professionnel (p. ex. : un psychologue, un psychiatre).

Références

  1. Brillon, P. (2013). Comment aider les victimes souffrant de stress post-traumatique. Québec-Livres.
  2. Bryant, R. A. (2006). Cognitive-behavioral therapy for acute stress disorder. In Follette, Victoria M. and Ruzek, J.I. (Eds). Cognitive-Behavioral Therapies for Trauma. (2nd ed.). Guilford Press.
  3. Friedman, M. J., Keane, T. M., & Resick, P. A. (2007). Handbook of PTSD: Science and practice.
  4. Marmar, C. R., Weiss, D. S., & Metzler, T. J. (1997). The peritraumatic dissociative ex-periences questionnaire. In J. P. Wilson, & T. M. Keane (Eds.). Assessing psychological trauma and PTSD. (pp. 412–428). New York: Guilford Press.