Comment l’ESPT affecte-t-il le travail?

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Le cas des intervenants en psychiatrie victimes de violence de la part des patients

La violence envers les intervenants en milieu psychiatrique est fréquente. Une étude menée par des membres de notre équipe1 avait pour objectif de mettre en lumière les conséquences de l’expérience de quinze intervenants d’un hôpital psychiatrique après que ceux-ci ont été victimes d’un acte de violence grave (AVG) de la part d’un patient. D’une part, les intervenants-victimes rencontrés ont tous évoqué un état d’hypervigilance. D’autre part, certains ont révélé avoir développé une peur spécifique à leur agresseur, tandis que d’autres ont rapporté avoir développé une peur généralisée à l’ensemble de la clientèle.

Considérant les éléments exposés dans cette étude, un lien manifeste peut être établi avec les symptômes reliés à l’état de stress post-traumatique (ESPT). La majorité des intervenants-victimes nomment la nécessité d’éviter leur agresseur ou les patients en général, dont ils se méfient. Certaines pensées négatives, telles que «le monde est dangereux», sont mentionnées à travers leurs discours, les amenant à modifier certaines habitudes quotidiennes, même à l’extérieur du travail. Les modifications des perceptions envers le patient-agresseur ou envers les patients en général peuvent engendrer une diminution de leur implication et de leur engagement au travail, donc une réduction de l’intérêt pour des activités importantes et leur participation à celles-ci. Finalement, l’AVG a engendré chez les intervenants une diminution du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants. Ces similarités permettent d’inférer que les employés victimes de violence en milieu psychiatrique sont à risque de développer un ESPT.

Il serait donc pertinent que les programmes préventifs avant (sensibilisation) et après (intervention et soutien) d’un AVG soient basés sur les interventions thérapeutiques préconisées pour le traitement de l’ESPT. Les chercheurs de notre équipe2,3 proposent un modèle de prise en charge psychologique et sociale des travailleurs à risque d’être exposés à des AVG. Ils ciblent trois niveaux de prévention : 1) primaire, afin de diminuer le risque d’exposition à ces actes et préparer les intervenants à leur éventualité, 2) secondaire, afin de réduire le risque de développer des troubles psychologiques ou psychiatriques à la suite d’un AVG, puis 3) tertiaire, afin de diminuer le risque que ces troubles deviennent chroniques.

Références

1. Forté, L., Lanctôt, N., Geoffrion, S., Marchand, A. & Guay, S. (2015). Experiencing Violence in a Psychiatric Setting: Generalized Hypervigilance and the Role of Caring in the Modulation of Fear. Document soumis pour publication.

2. Guay, S., Gauthier, M.-P. et Marchand, A. (2011). Prise en charge des travailleurs exposés à des actes de violence grave. Objectif Prévention, 34(2), 30-31.

3. Guay, S. et Marchand, A. (2011). Actes de violence grave : prise en charge des travailleurs. Objectif Prévention, 34(3), 29-31.