Interventions brèves et précoces pour les victimes d’événements traumatiques

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Le parcours de chaque individu à la suite d’un événement traumatique est particulier. La plupart des individus s’en remettent avec le passage du temps. Par contre, 20 à 50% d’entre eux développent des réactions de stress durant le premier mois pouvant mener à un état de stress aigu (ESA). Cet état représente l’un des prédicteurs les plus importants de l’état de stress post-traumatique (ESPT), qui réfère à des réactions persistant au-delà du premier mois. L’ESPT est in­validant, génère de la détresse et a tendance à se chroniciser en l’absence d’interventions. Ainsi, les chercheurs ont déve­loppé des interventions brèves et précoces afin d’agir rapide­ment pour prévenir l’apparition d’un ESPT.

Durant les deux premiers jours suivant l’événement, l’individu se trouve dans la phase de récupération dite immédiate. Souvent en état de choc, ce dernier est peu disponible émotionnellement à recevoir une aide psychologique. C’est alors que l’aide psychologique d’urgence est appropriée1. Ce type d’intervention est souvent utilisé à la suite d’un désastre naturel ou d’un événement de masse tel qu’une fusillade. Cette intervention est facilement utilisable dans divers environnements, adéquate pour les enfants, adolescents et adultes, culturellement adaptée et élaborée selon les recherches scientifiques. Les objectifs sont de réduire la détresse initiale et d’établir des stratégies d’adaptation à court et à long terme. L’évaluation est brève et immédiate, souvent effectuée dans le même environnement où s’est produit l’événement. L’intervention per­met de déterminer les besoins spécifiques immédiats et le niveau des soins d’ur­gence, de favoriser la sécurité et le soutien social, ainsi que d’orienter l’individu vers les services d’aide adéquats. L’efficacité de l’aide psychologique d’urgence a été prouvée scientifiquement. De surcroît, il apparaît important de détecter les indivi­dus à risque en effectuant un suivi dans le premier mois3.

Une autre forme d’intervention est le debriefing psychologique2. Elle est généralement utilisée auprès d’équipes d’intervention d’urgence telles que des policiers, par exemple après avoir tiré sur un suspect. Le debriefing se déroule en petits groupes, en une ou deux séances, dans les premières 24 à 72h. Chaque indi­vidu est invité à prendre la parole à tour de rôle sur une base volontaire et confi­dentielle pour discuter de l’événement vécu: des faits, de ses réactions, émotions et symptômes. Par contre, les études scientifiques montrent que le debriefing ne permet pas de prévenir le développe­ment de l’ESPT. Parfois les intervenants ne sont pas suffisamment formés et certains individus ne sont pas prêts émotionnel­lement à parler de l’événement. Donc, le debriefing ne représente pas une forme d’intervention à promouvoir3.

Finalement, au cours de la phase de récu­pération dite post-immédiate, soit dans les jours et les semaines suivants l’évé­nement, l’individu se sent désormais plus en sécurité et disposé à recevoir une aide psychologique. Ainsi, la thérapie cognitive et comportementale (TCC) s’avère per­tinente. Il s’agit d’une thérapie brève et précoce, de quatre à six séances, offerte par un professionnel pour les individus présentant des réac­tions de stress aigu importantes. Les objectifs sont d’informer l’individu quant aux réactions de stress, de favoriser la gestion de son anxiété, d’optimiser son soutien social et de réduire les reviviscences de l’événe­ment, les réactions affectives et l’évitement, en effectuant des exercices d’exposition au récit de l’événement et aux situations associées. Les études scientifiques soutiennent l’effi­cacité de la TCC pour prévenir l’ESPT et la définissent comme un traitement de choix3.

En somme, il semble pertinent d’adapter les interventions selon les phases de récupération de l’individu: opter pour l’aide psychologique d’urgence dans la phase immédiate et utiliser la TCC brève et précoce auprès des individus avec des réactions de stress lors de la phase post-immédiate.

Références

1. Brymer, M., Layne, C., Jacobs, A., Pynoos, R., Ruzek, J., Steinberg, A., … Watson, P. (2006). Psychological first aid field op­erations guide. National Child Traumatic Stress Network.

2. Mitchell, J. T. (1983). When disaster strikes: The critical incident stress debriefing pro­cess. Journal of Emergency Medical Ser­vices, 8, 36-39.

3. National Institute for Health and Clinical Excellence. (2005, mis à jour en 2014). Post-traumatic stress disorder (PTSD): The management of PTSD in adults and chil­dren in primary and secondary care. NICE clinical guideline 26. Available at http://www.nice.org.uk/guidance/CG26.