La banalisation de la violence en milieu de travail comme barrière au dépistage de l’ESPT

banalisation

Même si la violence en milieu de travail est associée à plusieurs conséquences négatives telles que l’absentéisme, l’épuisement professionnel ou l’ESPT, plusieurs travailleurs banalisent toujours cette réalité. C’est entre autres le cas des individus œuvrant dans le domaine de la santé et des services sociaux ainsi que ceux des forces de l’ordre. Souvent considérée comme un aspect inévitable de leur profession, la violence « ferait partie du métier». Ce qui est inquiétant dans cette situation n’est pas tant que les travailleurs acceptent que la violence soit une caractéristique de leur profession, mais plutôt qu’ils en viennent à normaliser les impacts négatifs de l’exposition à la violence. Ainsi, certains d’entre eux travaillent dans la peur, deviennent hypervigilants ou perdent leur empathie pour leur clientèle. Et lorsque les actes de violence sont perçus comme fréquents ou normaux, à quoi bon rapporter les incidents à l’employeur ou parler des impacts de cette violence?

Dans cette optique, il est risqué pour ces travailleurs de se plaindre de la violence. Ainsi, autant le personnel soignant que les agents des forces de l’ordre ont tendance à taire leur inconfort quant à la violence. Ils se taisent, car ils craignent d’être perçus comme « incompétents » par leurs collègues et par leur employeur. De ce fait, un tabou se crée autour de la violence vécue en milieu de travail. Malheureusement, en normalisant et en évitant de parler de cette violence, ces travailleurs contribuent inconsciemment et involontairement à sa banalisation.

Conséquemment, la banalisation de la victimisation des travailleurs conduit à une sous-déclaration des événements de violence. En effet, cette perception les amène à considérer que la déclaration est une perte de temps. Ils croient que le mal est fait, que l’agresseur ne sera jamais puni et que l’employeur ne pourra rien faire. Ceci affecte alors la capacité des organisations à faire face à la violence au travail de façon appropriée. Ne connaissant pas l’ampleur réelle du phénomène, les organisations ne peuvent offrir à leurs travailleurs un soutien proportionnel à la problématique, car l’implantation, le maintien et l’amélioration de nombreuses mesures de prévention dépendent en grande partie du nombre de déclarations officielles.

Pour mieux outiller les organisations à faire face à ce problème, l’équipe de recherche VISAGE a mené une étude auprès de 2 889 travailleurs au Québec en 2012 visant notamment à identifier les facteurs de prédiction de la banalisation de la violence au travail.

Sur le plan individuel, les résultats montrent que les hommes de l’étude auraient tendance à normaliser davantage la violence que les femmes. Aucune différence ne fut constatée quant à la perception du tabou : les deux sexes croient qu’ils seraient jugés s’ils se plaignaient de la violence en milieu de travail. Ce tabou serait par contre deux fois plus présent dans les milieux policiers (quatre fois plus pour les policières qui craignent un double stigma). L’exposition répétée à la violence et à la victimisation antérieure contribuent également à la banalisation.

Sur le plan organisationnel, le soutien des collègues et des superviseurs atténuent la perception du tabou pour les participants de l’étude. Les politiques de tolérance zéro et de prévention de la violence, les procédures post-événements ainsi que les formations agissent aussi sur la banalisation de la violence en atténuant sa normalisation et son tabou.

En conclusion, pour réduire ou prévenir la banalisation de la violence en milieu de travail, les organisations devraient tenir compte de la nature du travail, du sexe du travailleur et de son niveau d’exposition à la violence. De plus, ils devraient mettre en place des politiques de gestion de la violence tout en misant sur le soutien des collègues et sur celui des superviseurs. Un mot d’ordre doit donc circuler dans les milieux de travail : « Il faut parler de la violence ! »