La traumatisation secondaire des parents qui apprennent l’agression sexuelle de leur enfant

Traumag no 6

Apprendre que son enfant a subi une agression sexuelle est un événe­ment traumatique majeur. En effet, pour plusieurs mères et pères, cette révéla­tion peut s’avérer aussi bouleversante que d’apprendre la mort de son enfant. Pour cette raison, il est souvent men­tionné que les parents, qui ne sont pas les agresseurs de leur enfant, vivent une traumatisation secondaire, c’est-à-dire un état traumatique pour un événement dont ils ne sont pas directement les victimes, mais dont ils deviennent victimes par association.

Effets sur la santé mentale

Dans notre étude1 auprès de 109 mères et de 43 pères, on note, dans les mois qui suivent la révélation, que plusieurs pa­rents vivent des symptômes de détresse psychologique (49 % mères, 30 % pères), de dépression (41 % mères, 14 % pères) et, pour certains, d’état de stress post-traumatique (13 % mères, 7 % pères). La colère, voire la rage envers l’agresseur de leur enfant, l’inquiétude concernant les séquelles possibles pour le développe­ment de leur enfant et le sentiment de perte de l’innocence de leur enfant sont autant de sentiments rapportés par les parents. La détresse psychologique de ces parents est deux fois plus élevée que celle observée dans la population géné­rale. Les mères rapportent vivre plus in­tensément que les pères tous les types de symptômes. Toutefois, notre étude a permis d’observer que, si les symptômes des mères tendent à diminuer avec le temps qui passe, c’est le contraire qui se produit chez les pères qui, eux, voient leurs symptômes augmenter avec le temps. Ainsi, il semble que dans un pre­mier temps, la réaction des mères est plus vive que celle des pères, alors que ces derniers semblent capables de sur­monter leur état affectif jusqu’à ce que l’enfant et sa mère se portent mieux.

Effets sur la santé physique

Si les effets sur la santé mentale des parents ont été assez bien documen­tés dans la littérature scientifique, nous n’avons que peu ou pas de données sur les effets de la révé­lation de l’agression sexuelle des enfants sur la santé physique des parents. Avant d’apprendre que leur enfant a été victime d’agression sexuelle, la moitié des pères et des mères de notre étude considèrent leur état de santé très bon ou excellent, ce qui est semblable à la population générale. Environ 10 % d’entre eux notent une dé­térioration de leur état de santé phy­sique dans les mois qui suivent la révéla­tion. Ici, les mères et les pères sont affec­tés dans des propor­tions similaires.

Consultation et médication

Pour faire face à cet état de traumati­sation secondaire, les mères vont plus souvent que les pères consulter un psy­chologue ou un intervenant social. Environ le tiers d’entre elles vont cher­cher de tels services. Chez les pères, on note une augmentation des consulta­tions auprès de leur médecin de famille, ce qui semble indiquer que les pères cherchent une aide au plan physique plus qu’au plan psychologique. Aussi, ces parents utilisent plus fréquemment que la population générale une médication pour composer avec leurs symptômes. En effet, la fréquence de la prise d’une médication pour contrer l’anxiété est une fois et demie plus élevée et celle pour la dépression est dix fois plus importante chez ces parents. On constate également que les pères consomment plus de tran­quillisants que les mères.

Conclusion

Pour un nombre important de mères et de pères, la révélation de l’agression sexuelle de leur enfant entraînera une période de difficultés sur les plans psychologique et physique. Si les réactions des mères et des pères varient en intensité et en types de symptômes, les stratégies utilisées pour faire face à cette situation diffèrent également. Avec le temps, la plupart des parents arriveront à composer avec cet événement traumatique.

Référence

Cyr, M., Frappier, J-Y., Hébert, M., Touri­gny, M. (2013). Health and support of mothers and fathers of sexually abused children. Rapport de recherche déposé aux Instituts de recherche en santé du Canada.