Le retour au travail à la suite d’un acte de violence grave

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Après un acte de violence grave en milieu de travail, il n’est pas rare qu’une personne se retrouve en arrêt de travail. En effet, selon un rapport de la Commission de la santé et de la sécurité du travail du Québec (CSST, 2012), 41,3 % des travailleuses et des travailleurs se sont absentés du travail pour une durée de 14 jours ou moins et 10,1 % ont été absents pendant au moins un an. La durée moyenne des absences au travail causées par des lésions attribuables à la violence en milieu de travail est de 99 jours, soit un peu plus de trois mois.

Si le rétablissement peut être long, c’est entre autres parce que cette violence peut occasionner non seulement des blessures physiques mais également des blessures psychologiques et émotionnelles. Le rétablissement et le retour au travail peuvent ainsi requérir une aide professionnelle (médecin, psychologue) et du soutien de la part de la superviseure ou du superviseur et des collègues de travail. Cependant, une fois que la victime est en arrêt de travail, la réinsertion professionnelle devient complexe et doit être considérée comme un processus dynamique influencé par plusieurs facteurs qui interagissent entre eux, tels les événements antérieurs à l’arrêt de travail et les événements de vie hors du travail, les caractéristiques de la personne (ses capacités, ses besoins, sa santé mentale) et l’environnement psychosocial du travail (St-Arnaud, et coll. 2004).

Notons qu’un retour rapide au travail est à favoriser, en veillant toutefois à ne pas exposer la personne à trop de stress, car plus la durée de l’arrêt de travail se prolonge, plus ses chances de reprendre son travail s’amenuise. La réinsertion des employées et employés victimes de violence exige une bonne planification et l’allocation de ressources adéquates par le milieu de travail afin de favoriser le bon déroulement du processus et le maintien en emploi. Cette planification devrait être effectuée en collaboration avec la victime et les acteurs clés concernés (superviseure ou superviseur, conseillère ou conseiller de gestion des ressources humaines, médecin, psychologue) et pourrait inclure une aide psychologique et une aide en orientation, si celle-ci décide malgré tout de changer d’emploi. De plus, la travailleuse ou le travailleur devrait être activement impliqué dans son processus de retour au travail. Le plan du retour au travail devrait être personnalisé et comprendre divers éléments tels que des attentes / buts réalistes, des objectifs graduels, des actions afin d’atteindre ces objectifs, des accommodements de travail ou des mesures prises pour atténuer les obstacles, une date de retour et un horaire de travail.

Il est normal que les personnes en arrêt de travail à la suite d’un acte de violence grave appréhendent leur retour. Ainsi, un retour progressif est une mesure qui peut être mise de l’avant, car elle vise à faciliter la réinsertion professionnelle de la travailleuse ou du travailleur. De plus, des accommodements peuvent faciliter le processus, tels qu’une adaptation ou un allègement des tâches et / ou des horaires de travail en fonction des capacités et des besoins. Nous pouvons aussi penser à une augmentation du nombre de pauses, à une modification de l’environnement de travail, à une supervision mieux adaptée, ainsi qu’à l’assignation d’une ou d’un collègue pour assurer le soutien. Enfin, en plus d’une participation active de l’employée ou de l’employé, plusieurs éléments peuvent également favoriser un retour réussi, tels qu’une bonne communication et collaboration entre les personnes impliquées et l’empathie pour la travailleuse ou le travailleur.

Adopter une approche flexible peut également aider l’employée ou l’employé à gérer son anxiété et à retrouver confiance en soi. Il est important qu’il ou elle bénéficie de soutien tout au long du processus, et ce, tant de la famille et des amis que des personnes issues de son milieu de travail. Lorsque la travailleuse ou le travailleur est de retour, ses collègues doivent notamment être conscients qu’il ou elle pourrait présenter des comportements et attitudes différents (Richards, 2003). Il faut donc lui donner du temps afin qu’il ou elle se réapproprie son environnement de travail. Enfin, une évaluation des facteurs de risque présents dans l’environnement de travail devrait être effectuée avant que la personne ne revienne à son poste de travail afin de vérifier que les mesures ont été prises pour prévenir d’autres incidents, et de l’assurer de sa sécurité.

Références

Commission de la santé et de la sécurité. (2012). Statistiques sur les lésions attribuables à la vio­lence en milieu de travail : 2007-2010, 46p.

RICHARDS, J. (2003). Management of work­place violence victims. ILO/ICN/WHO/PSI Joint Programme on Workplace Violence in the Health Sector. Genève, 41p.

ST-ARNAUD, L., SAINT-JEAN, M., DAMASSE, DARSIGNY, J. (2004). La réintégration au tra­vail à la suite d’un problème de santé mentale. Rapport de recherche du Centre d’expertise en gestion des ressources humaines, 173p.