Les enfants et les adolescents sont aussi victimes d’événements traumatiques

Traumag no 6

Les médias abordent davantage les difficultés auxquelles doivent faire face les adultes touchés par un événement trau­matique que celles vécues par les en­fants et les adolescents. Cependant, ces derniers sont aussi victimes de telles si­tuations et sont également à risque de développer des réactions post-traumatiques.

Quelques chiffres

Des études épidémiologiques à grande échelle ne sont pas encore disponibles afin de connaître la prévalence de l’état de stress post-traumatique (ESPT) chez les enfants dans la population générale. Néanmoins, en 2011, une enquête na­tionale1 menée aux États-Unis auprès de 4 503 enfants âgés d’un mois à dix-sept ans a révélé que :

  • 41,2 % avaient été victimes de violence physique ;
  • 10 % avaient eu des blessures à la suite d’une agression physique ;
  • 2 % avaient été victimes d’abus phy­siques ou d’agression sexuelle avec un taux plus élevé (10,7 %) pour les jeunes filles de quatorze à dix-sept ans ;
  • 13,7 % avaient subi de la maltraitance de la part de la personne qui prenait soin d’eux, dont 3,7 % avaient vécu des sévices physiques.

Comme chez les adultes, tous les enfants ne développent pas automatiquement des réactions post-traumatiques2. Selon une autre enquête, 5 % des adolescents ont développé un ESPT dans leur vie, cette prévalence étant plus élevée pour les filles (8 %) que pour les garçons (2,3 %). Certains facteurs influencent son développement, tels que la sévérité du trauma, la réaction des parents qui sont peut-être eux-mêmes victimes du même trauma et le soutien donné par la famille. Aussi, certaines populations peuvent être plus touchées, par exemple, les enfants rescapés du génocide au Rwanda en 1994, qui ont subi des traumas à répétition.

Comment se présente l’ESPT chez les enfants?

Tout d’abord, il est important de prendre en compte une perspective développe­mentale. Un enfant de quatre ans ne comprend pas un événement de la même façon qu’un adolescent ou qu’un adulte. Certains concepts, comme la mort et la justice, sont abstraits pour eux. Aussi, la mémoire ne traite pas l’information de la même façon selon l’âge.

Comme la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) le souligne, les adultes, les adolescents et les enfants présentent les mêmes types de réactions : l’événe­ment traumatique constamment revé­cu, un évitement persistant des stimuli associés au traumatisme, un changement négatif dans les pensées et l’humeur et des symptômes persistants tradui­sant une hyperactivité neurovégétative. Néanmoins, l’expression de ces réac­tions peut varier selon l’âge, et le DSM-5 distingue alors les réactions des adultes et des adolescents de celles des enfants de six ans et moins.

À la suite d’un événement traumatique, les enfants et les adolescents ont souvent besoin de réconfort et de réassurance. Ils peuvent même régresser et vouloir partager le lit des parents. Au lieu d’avoir des images intrusives de l’accident, les enfants peuvent revivre l’événement dans le jeu. Par exemple, ils peuvent vouloir jouer avec des armes à feu après avoir vécu une fusillade à l’école. Si les images se produisent avant d’aller dormir, ils peuvent refuser de se coucher et tenter de rester éveillés, alors que les enfants qui sont fatigués n’ont pas normalement de difficulté à dormir. Par conséquent, ils sont encore plus fatigués, irritables et pré­sentent des difficultés de concentration. Ils peuvent avoir de la difficulté à se rap­peler les séquences de l’accident. Les ado­lescents, quant à eux, auront tendance à exprimer des comportements impulsifs et agressifs. Conséquemment, ils pourront avoir des difficultés relationnelles avec leurs parents ou leurs amis à l’école.

Il faut noter que les enfants peuvent aussi présenter d’autres difficultés, telles que de l’anxiété, de la colère, de l’hostili­té, de la dépression, l’abus de substances, des difficultés de concentration ou des problèmes de conduite.

En conclusion

Les enfants et les adolescents sont aussi à risque de développer des réactions post-traumatiques. Celles-ci ressemblent à celles des adultes, mais avec des spécifi­cités selon leur âge. Il est alors important qu’ils consultent un spécialiste qui les aidera à se rétablir.

Références

Finkelhor, D., Turner, H., Ormond, R., & Hamby. S. (2009). “Violence, abuse, and crime exposure in a national sample of children and youth”. Pediatrics, 124, 1411- 1423.

Practice Parameters for the Assessment and Treatment of Children and Adoles­cents with Posttraumatic Stress Disorder. (April, 2010). Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychia­try, 49, 414-430.