Je suis Brigitte… victime d’un acte criminel

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Pouvez-vous nous raconter brièvement votre agression?

Le 31 août 2011, j’ai été agressée au tournant d’un rond-point menant à un centre commercial. L’agresseur est arrivé par-derrière et est entré dans ma voiture, côté passager. Il m’a séquestrée et bles­sée. J’ai réussi à sortir de ma voiture et l’homme s’est sauvé avec mon véhicule.

Comment vous êtes-vous sentie, physiquement et psychologiquement, pendant et après l’événement?

Physiquement, ça allait quand même assez bien. Mais psychologiquement, l’impact a été majeur. J’ai souffert et je souffre toujours d’hypervigilance. Je revis l’événement et sens encore les odeurs du moment.

Pendant l’agression, j’étais hyper stressée et combative en même temps. L’adréna­line m’a fait faire des choses que jamais je n’aurais pu croire faire.

Dans les jours et les mois suivants, il y a eu beaucoup de cauchemars, de sursauts, beaucoup de difficulté avec les bruits ai­gus. Même encore aujourd’hui, je fais de l’insomnie et je suis toujours aux aguets. En voiture, j’ai encore beaucoup de diffi­culté lorsque j’arrête à une intersection, surtout si je suis la première à l’arrêt ou aux feux de circulation.

Je crains l’homme en général, que je ne connais pas.

Comment avez-vous su que vous souffriez d’un ESPT?

À la suite à cet incident, j’ai eu une réaction majeure, environ deux semaines plus tard. J’étais au travail, sur un appel difficile, avec un client agressif, lorsque je me suis mise à pleurer et tout m’est revenu. Les sensations et même les odeurs sont revenues. J’ai su à cet instant que je n’allais vraiment pas bien. J’ai dû arrêter de travailler. C’est à ce moment que j’ai su que je souffrais d’un ESPT.

Quels ont été les impacts sur votre qualité de vie personnelle, au travail, avec vos proches et vos amis?

Sur le plan personnel avec ma famille et mes amis, j’ai la chance d’être bien entourée. J’ai un conjoint adorable, une famille et des amis très soutenants.

Au travail, ma gestionnaire du moment s’est très bien occupée de moi. Lors de l’incident, c’est elle que j’ai rejointe, car elle était plus près du lieu que quiconque. Celle-ci a accouru vers moi sans hésiter. Elle a aussi pris soin de moi lorsque j’ai dû quitter le travail.

Avez-vous pensé à un moment donné que vous ne vous en sortiriez pas? Qu’est-ce qui se passait dans votre tête?

Au moment de l’événement, je me suis sentie seule au monde, je me suis fermée et j’ai cru que j’étais une super héros. Mais la réalité m’a vite rattrapée. Et de là, je me suis sentie comme une moins que rien, avec plusieurs questionnements tels que «Pourquoi ça m’est arrivé?» ou «Pourquoi n’ai-je pas agi comme ceci ou comme cela?».

Qu’avez-vous mis en action pour aller chercher de l’aide?

À ce moment, on ne sait pas vers qui se diriger. J’ai eu la chance d’être bien guidée par la policière qui enquêtait sur le dossier. Elle m’a recommandé de commu­niquer avec le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) de ma région. À cet endroit, on m’a dirigée vers l’orga­nisation de l’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) et, en même temps, on m’a parlé du Centre d’étude sur le trauma vers lequel je me suis aussi dirigée. La policière et la dame du CAVAC n’ont aucune idée du bien qu’elles ont pu me faire.

Comment s’est déroulée votre thérapie?

J’ai eu la chance d’avoir un suivi rapide­ment. J’ai été prise en charge immédia­tement, sans délai. Ce qui m’a permis un certain soulagement. J’ai eu la chance de rencontrer des gens extraordinaires qui ont su m’entourer et m’aider à vivre en conservant une certaine qualité de vie. J’ai eu la chance d’avoir une psychologue à mon écoute. Mon conjoint a aussi eu une rencontre avec celle-ci, ce qui lui a permis de mieux comprendre ma situation.

Quels conseils donneriez-vous aux victimes avec un ESPT?

Je conseille fortement aux victimes comme moi de ne pas hésiter à consulter, de voir et de rencontrer des gens qui sont aussi victimes d’actes criminels. Il faut en parler, aller vers les bonnes ressources, ne pas hésiter à aller chercher le plus d’aide possible.

Il faut arriver à accepter ce qui nous est arrivé et tenter de vivre du mieux que l’on peut avec les conseils qui nous ont été donnés.

Encore aujourd’hui, c’est difficile pour moi lorsque j’écris ou que je raconte mon histoire, mais j’ai appris à accepter ce qui m’est arrivé et, à tout moment, je tente de vivre du mieux que je peux en utilisant mon petit coffre à outils rempli des bons conseils qu’on m’a donnés.