Mère d’un grand brûlé

L’événement et ses conséquences sur l’entourage

Un samedi à l’automne 2012, je reçois un appel m’apprenant que mon fils de 20 ans vient d’être transporté à l’hôpital à la suite d’un incendie dans son appartement à Montréal. C’est tout ce qu’on me dit. Je demeure à Ottawa, mais le père de mon fils, lui, est en visite à Montréal. Il se précipite donc à l’hôpital. Il doit m’appeler pour me donner des nouvelles aussitôt qu’il le pourra. Moi, je suis en état de choc, m’imaginant le pire des scénarios. Je fais les cent pas en agitant fébrilement les mains pendant que j’attends d’avoir des nouvelles. L’attente est insoutenable. J’ai l’impression de ne plus pouvoir contrôler ma respiration, les battements de mon cœur, la parole. J’essaie de me concentrer, de prendre de grandes et profondes respirations et, petit à petit, mon cœur reprend son rythme normal.

Au bout d’une demi-heure, je reçois la nouvelle que mon fils est vivant. On l’a admis aux soins intensifs du Centre des grands brûlés de l’Hôtel-Dieu. Deux heures plus tard, je me trouve dans la petite salle d’attente à l’hôpital. On m’apprend que mon fils a subi des brûlures sur 18 % de son corps et qu’il a également de sévères brûlures causées par inhalation. On a dû le plonger dans un coma artificiel, état dans lequel il devra rester pendant 26 jours. Il a été branché à un respirateur.

Ce jour-là, nous avons passé plusieurs heures à l’hôpital. J’avais l’impression de vivre un mauvais rêve, tout me semblait irréel. J’agissais machinalement, ayant l’esprit ailleurs. Ce n’est qu’en me mettant au lit très tard ce soir-là que je réalise la gravité de la situation, et je n’arrive pas à m’endormir. J’imagine péniblement et sans cesse les scènes de mon fils dans l’incendie. Suis-je sous le choc, me suis-je demandée ? Est-ce que je vis un traumatisme ? Quoi qu’il en soit, je dois me reposer afin de pouvoir aider mon fils.

Le soutien sous toutes ses formes

Dès le début de cette longue épreuve que mon fils et moi allions vivre, le personnel hospitalier nous a aidés en nous apportant continuellement un soutien professionnel. J’ai ainsi obtenu une foule de renseignements précis au sujet des blessures qui affligeaient mon fils et des procédures qu’on allait suivre, à court et à long terme, pour l’évaluer et le soigner physiquement et psychologiquement. Plus on apprend, mieux on comprend, et plus on est en mesure de savoir à quoi s’attendre pour aider la victime. Le personnel nous a renseignés sur la façon d’accompagner une victime de brûlures, sur les réactions psychologiques possibles après un événement traumatique, sur le risque de développer un état de stress post-traumatique et sur la manière de favoriser la récupération psychologique. Il m’a ainsi permis d’améliorer ma façon d’interagir avec mon fils et de renforcer nos liens. Je pouvais mieux comprendre ses réactions et je savais mieux comment l’aider à se remettre de cet événement traumatique.

Nous avons aussi reçu le soutien de plusieurs personnes tout au long de ce cheminement : parents, amis, membres d’églises et collègues. Cela m’a permis d’apporter moi-même du soutien à mon fils et de demeurer à ses côtés pendant son séjour à l’hôpital. Heureusement, mon employeur m’a autorisé à travailler depuis Montréal. J’ai pu maintenir mon train-train « normal » et le rétablissement de mon fils a pu ainsi être mis de l’avant. Comme on peut donc le constater, il existe de nombreuses ressources et il est important de poser des questions et de s’organiser, car on constate que c’est ce soutien sous toutes ses formes qui m’a permis d’aider mon fils à se remettre de cet événement traumatique.

Avec le recul…

En rétrospective, je crois qu’il est normal pour l’entourage d’être pris de peur dans ce genre de situation, mais il ne faut pas étouffer ce sentiment. Il faut le vivre pleinement pour être capable de soutenir la victime et il ne faut pas hésiter à se faire aider. Pour ma part, je veillais à bien manger et dormir, à profiter du grand air et à faire de l’exercice ; cela m’a aidée à garder un équilibre. Lorsqu’on ne peut y arriver seul, il est essentiel de recourir aux professionnels. Si on a des questions, il faut consulter les experts pour obtenir des réponses. Je crois qu’il peut être utile de se voir comme faisant partie d’une équipe constituée du patient, des parents, d’amis et de professionnels. En assurant mon bien-être, j’étais plus apte à m’occuper de mon fils et à lui apporter le soutien dont il avait besoin pour se remettre de ses blessures physiques et de favoriser son rétablissement psychologique.