Sylvie Boudreau, ex-policière

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Pouvez-vous nous parler des actes de violence que vous avez vécus et qui vous ont le plus marqués au cours de votre carrière?

Ce qui a eu un effet marquant, c’est l’accumulation d’événements pour lesquels ma vie a été en danger, ce qui s’est produit à plusieurs reprises au cours de ma carrière. Par exemple, il m’est arrivé de me faire menacer avec un couteau ou encore d’être encerclée par un groupe de personnes hostiles. J’ai également été impliquée dans deux fusillades, dont celle qui s’est déroulée au collège Dawson. Pour parler de l’événement qui m’a le plus affectée, j’intervenais avec mon partenaire dans un bar à la suite d’une plainte du propriétaire. En une fraction de seconde, le suspect est réapparu dans le bar, armé d’un fusil de calibre 12. À ce moment, il était trop près de moi pour que je dégaine mon arme à feu, j’ai donc dû le maîtriser physiquement avec mon partenaire en attendant les renforts. Parallèlement à ces événements, j’ai vécu un épisode de violence psychologique au travail pendant lequel je me suis sentie laissée à moi-même, sans soutien de mes collègues. C’est à partir de ce moment que les symptômes des traumas antécédents ont pris de l’ampleur.

Pendant et après ces événements, comment vous êtes-vous sentie, physiquement et psychologiquement?

Pendant ces événements, j’accomplissais mon travail malgré la peur que je ressentais. Après coup, je ne me sentais pas du tout à l’aise de ventiler ma peur et mon inconfort à mes collègues, donc je les gardais pour moi. Au fil du temps, je peux dire que chaque acte de violence vécu en tant que policière a changé quelque chose en moi; je tolérais de moins en moins les manifestations violentes, je devenais de plus en plus hypervigilante, j’appréhendais les appels qui allaient m’être assignés, etc. Après l’événement du bar, j’ai vécu des symptômes de stress aigu pendant plusieurs jours  : je dissociais beaucoup, j’étais hypervigilante, je faisais de l’insomnie et des cauchemars et j’avais des tremblements et des palpitations. Mes pensées étaient complètement envahies par l’agresseur. C’était obsessif. À ce moment, je croyais devenir folle, car je ne comprenais pas ce qui m’arrivait.

Quelles stratégies avez-vous utilisées pour surmonter ces épreuves? Avez-vous reçu du soutien?

Avant d’aller chercher le soutien approprié à mon état de stress post-traumatique, je m’engourdissais dans les excès : je vivais à fond pour ne rien sentir. Étant une mère monoparentale, je n’avais pas le soutien d’un conjoint et je n’en parlais pas non plus à mes collègues ni à mes amis de peur d’être jugée. Finalement, je suis allée chercher de l’aide et on m’a dirigée vers une psychologue spécialisée en traitement du stress post-traumatique. J’ai dû arrêter de travailler pour remonter la pente et j’ai eu recours à la médication. Pendant le traitement, j’ai mis en œuvre les exercices suggérés par la psychologue, ce qui m’a permis d’apaiser peu à peu mes symptômes. J’ai également développé des stratégies qui m’aident au quotidien telles que profiter des petits plaisirs de la vie, me grounder lorsque je dissocie ou encore laisser couler en moi les émotions autant positives que négatives.

Enfin, quels conseils donneriez-vous à une personne ayant été victime de violence au travail?

Le principal conseil que je lui donnerais est d’en parler, car les conséquences de la violence sont déjà moins lourdes une fois qu’on a ventilé notre situation à quelqu’un. C’est également important de ne pas minimiser ce qu’on a vécu et de ne pas juger notre manière de réagir à la violence  : il faut accepter ce que l’on vit et accepter parfois de ne pas tout comprendre. Finalement, je lui conseillerais de ne pas trop attendre avant d’aller consulter, puis d’aller vers les ressources adaptées pour traiter son problème.