Suivre des victimes avec un ESPT: entrevue avec une psychologue

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Comment les intervenants tiennent-ils compte du parcours des victimes dans le traitement?

V. B. – Lors de l’évaluation initiale, les intervenants ques­tionnent entre autres la victime sur son histoire personnelle, sur les événements traumatiques auxquels elle a été confron­tée et sur les stresseurs avec lesquels elle est actuellement aux prises et ajuste le rythme et le contenu des rencontres en conséquence. Par exemple, si une victime est en procédures judi­ciaires pendant le trai­tement, les stratégies principales pourront temporairement être mises de côté et de l’aide pourra lui être offerte pour se préparer aux procédures et gérer les émotions qui en découlent.

Est-ce que le traitement est long?

V. B. – La durée du traitement est variable. Au Centre d’étude sur le trauma, de 8 à 32 ren­contres sont offertes. Le nombre de rencontres nécessaires varie en fonction de la sévérité de la problématique, de la présence de diffi­cultés connexes (p. ex.: dépression, toxicoma­nie), de l’implication de la victime, etc.

Certaines victimes consultent rapidement, tandis que d’autres attendent. Pourquoi ? Quels sont les impacts?

V. B. – Le seul fait de communiquer avec un professionnel peut agir comme rappel de l’événement et générer de la détresse, ce qui peut amener certaines victimes à ne pas chercher d’aide. Certaines victimes pensent également pouvoir s’en sortir seules. Il est en effet possible de diminuer significativement ses symptômes et retrouver un fonctionnement social, personnel et interpersonnel satisfaisant, et ce, même sans traitement avec un professionnel. L’aide professionnelle devient toutefois importante lorsqu’une personne présentant des symptômes de stress post-traumatique voit son fonctionnement général affec­té ou qu’une souffrance considérable y est associée. Consulter peut également permettre un rétablissement plus rapide. Agir dès la survenue des pre­miers symptômes peut également favoriser l’utilisation de stratégies adéquates dès le départ pour éviter le maintien des difficultés et la chro­nicisation du trouble.

Est-il difficile de confronter ses peurs?

V. B. – Le traitement de l’ESPT est exigeant. Par contre, lorsque le ration­nel lui est clairement expliqué, la victime comprend l’importance de confronter ses peurs. L’évitement des souve­nirs et des situations anxiogènes agit en effet comme facteur de maintien des difficultés. Le psychologue et la victime travaillent donc en collaboration pour favoriser l’exposition aux situations évitées et aux souvenirs de l’événement. Nous procédons toujours de façon très graduelle en nous assurant que l’anxiété ressentie est tolérable. Plusieurs victimes décrivent par la suite cette stratégie comme ayant été la plus difficile, mais également la plus aidante.

Le traitement est-il efficace?

V. B. – Le traitement de choix pour l’ESPT est le traitement d’approche cognitive comportementale. Son taux d’efficacité auprès de victimes de divers types d’événements est de 60 à 70%.