Quelques statistiques

 Les travailleuses et les travailleurs de différents milieux peuvent se retrouver à un moment de leur vie confrontés à des situations potentiellement dangereuses pour leur intégrité physique et psychologique. L’Enquête sociale générale (ESG) menée au Canada en 2004 révèle que 356 000 affaires de violence en milieu de travail ont été rapportées, incluant des voies de fait dans 71 % des cas, mais également des agressions sexuelles, des vols qualifiés et des menaces de mort ou de blessures, ainsi que le fait d’être témoin de tels actes ou d’un meurtre (Statistique Canada, 2008). Les affaires de violence en milieu de travail représentent ainsi près du cinquième (17 %) de tous les incidents de victimisation avec violence rapportés. D’autres études indiquent qu’entre 6 % et 30 % des travailleuses et travailleurs en Amérique du Nord seraient victimes d’actes de violence physique au travail au cours d’une année1. Pour ce qui est des actes de violence non physique, comprenant la violence verbale et le harcèlement psychologique ou sexuel, plus de 40 % des travailleuses et travailleurs seraient touchés.

Dans le cas d’homicides et de violence physique, tout comme de violence verbale ou psychologique, les actes de violence seraient davantage commis par des personnes du public, telles que des clients ou des patients, que par des collègues ou des supérieurs. Selon l’ESG 2004, l’agresseur serait connu de la victime dans 42 % des cas. Dans la très grande majorité des cas (93 %), les actes de violence seraient commis par un seul délinquant, tandis que l’affaire serait liée à la consommation d’alcool ou de drogue de l’agresseur dans 46 % des cas.

Des milieux à risque

Même si tous les travailleuses et travailleurs peuvent un jour ou l’autre être victimes d’une forme de violence, la violence en milieu de travail est plus courante dans certains secteurs d’emploi. Les données de l’ESG 2004 indiquent que 33 % de toutes les affaires de violence en milieu de travail ont impliqué une victime qui travaillait dans les secteurs de l’assistance sociale ou des services de soins de santé, 14 % dans les secteurs de l’hébergement ou de la restauration, et 11 % dans le secteur de l’enseignement. Ainsi, les employées et employés qui entrent plus fréquemment en contact avec le public sont plus susceptibles de signaler avoir été victimes de violence.

Une violence souvent cachée

Une faible proportion des affaires de violence en milieu de travail seraient déclarées à la police, soit 37 % selon les données de l’ESG 2004. Celles-ci seraient toutefois déclarées dans une plus grande proportion que les affaires de violence en dehors du milieu de travail, dont seulement 17 % seraient rapportées à la police. Plusieurs facteurs entrent en jeu lorsqu’une victime décide de déclarer un acte criminel à la police, notamment la gravité de l’infraction ou la présence d’une arme ou de blessures. D’autres conséquences, dont la nécessité d’un arrêt de travail en raison de la violence subie, peuvent également influencer les taux de déclaration à la police. Les études révèlent en outre que les hommes victimes de violence en milieu de travail seraient plus portés à déclarer l’affaire à la police. L’une des raisons serait que les incidents de violence en milieu de travail touchant des hommes sont plus susceptibles de causer des blessures. Par ailleurs, les femmes sont plus susceptibles que les hommes d’être victimes d’agression sexuelle, crime qui est habituellement très peu déclaré à la police.

Déclarée ou non à la police ou à l’employeur, la violence en milieu de travail risque d’entraîner d’importantes conséquences chez les victimes. Il serait donc nécessaire que ces victimes puissent bénéficier d’un soutien social formel et / ou informel pour les aider à se rétablir.

Références

1. PIZZINO, A. (2002). “Dealing with violence in the workplace: The experience of Canadian unions”. In M. Gill, B. Fisher & V. Bowie (Eds.), Violence at work: Causes, patterns, and preven­tion (pp. 165-179). Cullompton, UK: Willan.

SCHAT, A. C. H., & KELLOWAY, E. K. (2005). “Workplace aggres­sion”. In J. Barling, M. R. Frone & E. K. Kelloway (Eds.), Hand­book of work stress (pp. 189-218). Thousand Oaks, CA: Sage.