Le débriefing psychologique, une forme d’intervention efficace?

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Environ une victime d’actes de violence grave (AVG) au travail sur quatre développe un état de stress post-traumatique (ÉSPT)1. En raison de l’importance des séquelles qui peuvent être engendrées à la suite de l’exposition à un AVG, de plus en plus de milieux cherchent à offrir aux travailleuses et aux travailleurs qui subissent pareil incident critique une intervention qui se veut préventive. Dans de nombreux environnements de travail, l’intervention consiste en un débriefing psychologique2 (DP) proposé à toutes les personnes touchées directement ou indirectement par l’événement.

Le DP est une forme d’intervention post-traumatique qui est généralement administrée entre 24 et 72 heures après l’événement traumatique. Le DP vise à :

  1. diminuer le niveau de détresse faisant suite à l’incident critique ;
  2. prévenir l’apparition de séquelles psychologiques telles qu’un état de stress aigu ou un ÉSPT ;
  3. accélérer la récupération psychologique des victimes ;
  4. faciliter l’expression émotionnelle et
  5. identifier rapidement les personnes qui auraient besoin d’une aide psychologique supplémentaire.

Cependant, il ressort que le DP, contrairement à la croyance générale, ne prévient pas l’ÉSPT de façon plus efficace que le simple passage du temps et n’accélère pas la récupération des victimes3,4. Il est même possible que le fait d’appliquer le DP favorise, dans certains cas, une augmentation du risque de développer un ÉSPT. Récemment, de nombreuses autorités en matière de santé ne recommandent plus d’offrir le DP comme intervention préventive aux victimes d’un événement traumatique.

Le constat d’absence d’efficacité du DP n’implique évidemment pas de ne rien faire pour les travailleuses et travailleurs exposés à un AVG. Cela suggère plutôt de considérer d’autres options d’intervention potentiellement plus efficaces pour prévenir l’ÉSPT chez ces personnes tout en leur offrant du soutien. Cependant, instaurer un changement d’approche d’aide au sein des milieux de travail comporte son lot de défis lorsque vient le temps de l’implanter. C’est pourquoi, dans ce numéro, à la page 7, Stéphane Guay fait état des enjeux qui nous apparaissent importants et propose certains principes et actions pouvant améliorer la prise en charge des travailleuses et travailleurs à haut risque d’être exposés à un AVG.

Références

1. DE LÉSÉLEUC, S. (2007). La victimisation criminelle en milieu de travail, 2004. Centre canadien de la statistique juridique, Statistique Canada : Ottawa.

2. MITCHELL, J.T. (1983). “When disaster strikes: The critical incident stress debriefing process.” Journal of Emergency Medical Services, 1, 36-39.

3. ROSE S.C., BISSON J., CHURCHILL R., WESSELY S. (2009). “Psychological debriefing for preventing post traumatic stress disorder (PTSD)” (Review). Cochrane Database of Systematic Reviews, Issue 1.

4. MARCHAND, A., GUAY, S., BOYER, R., IUCCI, S., MARTIN, A., & ST-HILAIRE, M.-H. (2006). “A randomized controlled trial on an adapted form of critical incident stress debriefing for convenience store employee victims of an armed robbery.” Brief Treatment and Crisis Intervention, 6(2), 122-129.