Le rôle du soutien social en santé mentale

La recherche a permis de montrer l’influence positive du soutien sur la santé mentale. L’étude du soutien social a pris un essor dans les années 70, indiquant que plus les individus ont un réseau social développé et reçoivent un soutien adéquat, meilleure est leur santé mentale. Par la suite, le soutien social a été étudié sous différentes formes, soit :

  • le soutien émotionnel (écouter et réconforter),
  • le soutien informationnel (donner de l’information et des conseils),
  • le soutien tangible (moyens concrets tels que donner de l’argent) et
  • le soutien amical (par exemple, aller au cinéma afin de se distraire).

Dans les années 80, le soutien perçu a également commencé à être considéré. En effet, il est apparu que c’est principalement la perception du soutien offert qui est associée positivement à la santé mentale. L’impact du soutien reçu (soit les comportements émis par les proches d’un individu pour l’aider) était, lui, moins clair. Les études menées dans les années 1990 ont ainsi souligné l’importance que les besoins de soutien des personnes et le soutien offert par leurs proches soient synchronisés. La concordance entre les besoins et le soutien offert permet d’optimiser l’influence positive du soutien sur la santé mentale. D’autres études ont analysé plus précisément le soutien offert. Dans les faits, il était constaté que les proches offrant du soutien avaient une intention positive, mais que certains comportements se voulant aidants pouvaient être perçus négativement et ne pas avoir l’effet escompté (par exemple, amener une personne à confronter trop rapidement ses difficultés). Il devenait alors important d’étudier le processus de communication, c’est pourquoi des interactions filmées ont commencé à être utilisées afin d’observer les comportements de soutien émis par un proche voulant aider un individu. Cette nouvelle méthodologie a permis d’obtenir des informations complémentaires à celles recueillies par les questionnaires.

Soutien social et état de stress post-traumatique (ÉSPT)

Dans le cas de l’ÉSPT, la qualité du soutien peut avoir un impact sur l’évolution psychologique des victimes d’événements traumatiques. Ces événements génèrent de la détresse et de fortes émotions qui peuvent amener ces personnes à rechercher du soutien. La demande d’aide s’enclenche généralement lorsque les ressources personnelles de l’individu ne suffisent pas pour s’adapter à ces difficultés. C’est à ce moment que le soutien social devient primordial. Les multiples études ciblant les liens entre l’ÉSPT et le soutien ont montré l’importance de distinguer les comportements aidants de ceux qui s’avèrent nuisibles (par exemple, blâmer la personne ou l’encourager à éviter certaines situations anxiogènes). Des recherches menées au Centre d’étude sur le trauma ont visé justement à identifier ces comportements de soutien (voir Tableau 1).

Besoins des victimes d’événements traumatiques

Le soutien social est un processus bidirectionnel : le soutien offert par les proches dépend en bonne partie du soutien demandé par les victimes d’événements traumatiques. La recherche de soutien s’inscrit dans le processus d’adaptation des victimes au cours duquel elles oscillent entre le désir de gérer leurs difficultés par elles-mêmes et de demander de l’aide. Les besoins de soutien se situent ainsi sur un continuum de temps, où dans les premières heures, jours et semaines, les victimes se tournent généralement vers leurs proches. Au fil du temps et lorsque la détresse psychologique persiste, le soutien de type formel délivré par des professionnels tels que des psychologues devient particulièrement important. Toutefois, les victimes d’événements traumatiques sont souvent appelées à interagir avec des professionnels qui ne sont pas nécessairement sensibilisés aux besoins des victimes. Pensons par exemple aux victimes d’actes criminels qui peuvent avoir à donner leur témoignage à plusieurs acteurs, dont les policiers. Ou aux victimes d’accidents de la route ayant été blessées et devant s’adresser à un ambulancier, un médecin, un physiothérapeute ou un agent d’assurance. Ces personnes s’exposent dans ces situations aux réactions et commentaires des autres par rapport au dévoilement de leur trauma et de leurs réactions. L’un des mandats du Centre d’étude sur le trauma est d’informer les proches et de former les intervenants afin qu’ils puissent mieux comprendre les réactions des victimes et l’ÉSPT. L’objectif est d’optimiser le soutien offert et ainsi de minimiser le risque de détresse chez les victimes.

À retenir

Le soutien social représente un processus complexe, mais particulièrement important puisqu’il est fortement associé à la santé mentale, notamment chez les victimes d’événements traumatiques. Il apparaît ainsi essentiel de poursuivre les recherches afin de mieux comprendre ce phénomène et d’informer les proches et les intervenants qui peuvent favoriser par des actions adéquates la réadaptation physique et psychologique des victimes d’événements traumatiques.

Tableau 1 - Comportements de soutien à favoriser et à éviter auprès des victimes d’événements traumatiques

Comportements de soutien
À FAVORISER
Comportements de soutien
À ÉVITER
L’encourager à parler de l’événementMinimiser l’ampleur de l’événement et ses conséquences
L’encourager à chercher de l’aide professionnelle au besoinLa critiquer négativement sur sa façon de gérer ses difficultés
Renforcer ses efforts et ses progrèsMinimiser ses symptômes
Faciliter l’adhérence aux traitements (séances de thérapie et prise de médications)La blâmer pour l’apparition et
le maintien du trouble
L’encourager à recourir à des comportements de santé préventifs (exercice, saine alimentation, hygiène du sommeil, etc.)Éviter la personne, se distancier