L’importance du soutien social dans le milieu policier

traumag4-4

Dans leurs fonctions quotidiennes, les policiers1 se trouvent régulièrement confrontés à des événements potentiellement traumatiques comme des fusillades, des émeutes, des altercations, ou sont appelés à intervenir sur les lieux d’un drame familial et constater le décès d’adultes ou d’enfants. L’exposition à ce type d’événements peut parfois entraîner des réactions de stress importantes, voire un état de stress post-traumatique (ÉSPT). Certains facteurs peuvent influencer le cours du développement de l’ÉSPT et le soutien social au travail et à l’extérieur du travail représente un facteur important chez ce groupe de travailleurs à haut risque d’exposition à des événements traumatiques.

Un programme subventionné par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) comprenant deux études auprès de policiers québécois apporte un certain éclairage concernant la relation entre le soutien social et l’ÉSPT dans le milieu policier. La première étude 2 , réalisée auprès de 132 policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), révèle que la perception d’un soutien social satisfaisant de la part des confrères de travail pendant ou immédiatement après un événement traumatique amène les policiers à être moins susceptibles de développer un ÉSPT par la suite. La seconde étude3 , effectuée auprès de 83 policiers du SPVM et d’autres services de police au Québec, indique également que le soutien positif perçu à la suite d’un trauma aurait un effet bénéfique sur la récupération des policiers. Plus précisément, les résultats démontrent d’une part que la perception d’un soutien social disponible et adéquat de la part des proches (amis, famille), des collègues et des supérieurs au travail dans les deux premières semaines à la suite d’un événement traumatique représente un facteur de protection face au développement de symptômes post-traumatiques trois mois après le trauma. D’autre part, cette même étude souligne que les

interactions sociales négatives avec l’entourage — c’est-à-dire le fait de se sentir jugé par rapport à ses réactions ou ses
interventions lors de l’événement, de se sentir délaissé ou évité, ou que l’entourage minimise ou banalise ce que l’on vit — sont associées à davantage de symptômes d’ÉSPT.

Prévenir l’ÉSPT chez les policiers grâce au soutien social

Les constats observés dans ce programme de recherche viennent s’ajouter à plusieurs autres études chez les policiers qui montrent que le soutien social constitue un facteur crucial pouvant faciliter le rétablissement post-traumatique. Ainsi, la mise en place, au préalable, d’un réseau de soutien adéquat pour les policiers tant au travail qu’en dehors du travail pourrait prévenir le développement de l’ÉSPT. Les organisations policières auraient donc avantage à intégrer la composante du soutien social dans leurs programmes de prévention et promouvoir un climat de travail qui favorise un
tel soutien à l’intérieur des équipes. Du même coup, il paraît essentiel de sensibiliser l’entourage des policiers à offrir une
aide appropriée. Pour ce faire, les intervenants auprès de policiers affectés par un événement peuvent fournir de l’information sur l’ÉSPT à leurs collègues, leurs superviseurs et leurs proches et les guider dans la manière d’apporter du soutien. Ils peuvent également sensibiliser l’entourage des policiers à propos des comportements, attitudes ou commentaires qui, malgré souvent de bonnes intentions, peuvent s’avérer davantage dommageables qu’aidants. Ces résultats soulignent donc la pertinence pour les intervenants auprès des policiers de bien évaluer la composante du soutien social et au besoin, y apporter les interventions appropriées.

Notes et références

1. Le genre masculin est employé dans son sens générique et n’implique aucune discrimination fondée sur le genre.
 
2. Martin, M., Marchand, A., Boyer, R., & Martin, N. (2009). “Predictors of the development of posttraumatic stress disorder among police officers.” Journal of Trauma and Dissociation, 10(4), 451-468.
 
3. Nadeau, C., Marchand, A., & Guay, S. (2013). “Social Support and PTSD among police officers: A longitudinal study.” Manuscrit soumis pour publication.