Stress post-traumatique: le soutien social varie-t-il selon le genre?

Temoignage

À la suite d’un événement traumatique, certaines personnes en viennent à développer des symptômes d’état de stress post-traumatique (ÉSPT) et dépressifs. Deux constats s’imposent. Premièrement, deux fois plus de femmes que d’hommes rapportent un diagnostic d’ÉSPT dans la population générale, soit 13 % et 6 % respectivement1. Les raisons expliquant cette différence entre les femmes et les hommes demeurent incomprises. Deuxièmement, on se rend compte que le soutien social représente l’un des facteurs le plus fortement associé au maintien de l’ÉSPT ou au rétablissement, les interactions sociales avec les proches après un événement traumatique pouvant être à la fois positives (offrir de l’écoute et des conseils) ou négatives (critique et blâme). Certains chercheurs2 font un rapprochement entre ces deux constats. Selon eux, la prévalence du trouble plus élevée pour les femmes s’expliquerait en partie par des différences concernant le soutien social reçu après l’événement traumatique. À cet effet, des études indiquent que les femmes perçoivent et bénéficient davantage du soutien social que les hommes. Leurs interactions sociales avec leur entourage sont fortement associées à leur bien-être et à leur détresse psychologique. Toutefois, les études ne sont pas claires en ce qui concerne l’impact des interactions sociales chez les hommes. Il y a ainsi lieu de s’intéresser aux différences de genre dans les interactions sociales à la suite d’un événement traumatique.

Qu’est-ce que le genre?

Avant d’aller plus loin, il est important de définir les notions de sexe et de genre. Le sexe réfère aux aspects biologiques incluant l’anatomie, la physionomie, les gènes et les hormones qui permettent de distinguer les hommes et les femmes. La notion de genre s’inscrit dans un contexte social et culturel référant à des concepts de féminité et de masculinité dans la société incluant des aspects tels que l’âge, l’ethnie et l’orientation sexuelle3.

Une étude sur les différences de genre

Une étude récente réalisée au Centre d’étude sur le trauma visait à mieux comprendre les différences de genre dans la manière dont les personnes souffrant d’ÉSPT communiquent leurs difficultés à leurs proches et se soutiennent. Pour ce faire, 48 femmes et 20 hommes avec un diagnostic d’ÉSPT accompagnés d’un proche ont participé à une discussion filmée en laboratoire.
 
L’étude a fait ressortir que les femmes souffrant d’un ÉSPT et de symptômes dépressifs parlaient moins de leurs difficultés et proposaient moins de solutions concernant leurs difficultés lors de la discussion filmée, comparativement aux hommes. De leur côté, les hommes avec un ÉSPT et des symptômes dépressifs parlaient plus de leurs difficultés et critiquaient moins leur proche que les femmes. Ces résultats iraient donc à l’encontre de la croyance générale stéréotypée que les femmes communiquent plus et voire mieux. En effet, il apparaît ici que les hommes communiquent plus efficacement leurs difficultés à leurs proches.
 
À la lumière de ces résultats, nous pouvons émettre l’hypothèse que le phénomène de rumination contribuerait à cette différence de genre. Le fait de ruminer consiste à repenser aux causes, conséquences et symptômes reliés au trauma de manière répétitive et passive, ce qui est fortement associé aux symptômes dépressifs. Les ruminations amplifient les émotions de colère, d’impuissance et de culpabilité, et nuisent aux relations interpersonnelles et à la capacité de résoudre des problèmes. Des études montrent que les femmes ont davantage tendance à ruminer que les hommes. Ceci pourrait expliquer en partie pourquoi dans notre étude les femmes étaient moins impliquées lors de la discussion et proposaient moins de solutions concernant leurs difficultés, comparativement aux hommes.
 
En somme, l’étude menée démontre que les femmes avec un ÉSPT et des symptômes dépressifs communiquent moins efficacement que les hommes, ce qui pourrait être expliqué par une plus forte tendance à ruminer leurs difficultés. Malgré ces résultats, il reste encore beaucoup à découvrir au sujet des différences de genre. Heureusement, la recherche s’y intéresse de plus en plus, ce qui permettra d’améliorer les connaissances ainsi que les stratégies d’intervention clinique pour les femmes et les hommes souffrant d’un ÉSPT et de symptômes dépressifs.

Références

1. Breslau, N., Kessler, R. C., Chilcoat, H. D., Schultz, L.R., Davis, G. C., & Andreski, P. (1998). “Trauma and posttraumatic stress disorder in the community: The 1996 Detroit Area Survey of Trauma.” Archives of General Psychiatry, 55, 626-632.
 
2. Andrews, B., Brewin, C. R., & Rose, S. (2003). “Gender, Social Support, and PTSD in Victims of Violent Crime.” Journal of Traumatic Stress, 16 (4), 421-427.
 
3. Johnson, J. L., Greaves, L., & Repta, R. (2009). “Better science with sex and gender: Facilitating the use of a sex and gender-based analysis in health research.” International Journal for Equity in Health Soc Work, 8 (14).