Avez-vous vécu un événement traumatique?

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Un  viol,  un  accident  d’avion,  une  fusillade, comme  celle  qui  s’est produite  à  Dawson en 2006, ou encore le tremblement de terre en Haïti en 2010 sont des événements qui partagent un point commun : ils constituent des expériences inhabituelles pouvant perturber la vie des personnes touchées par ceux-ci. Les victimes de tels événements peuvent même développer des réactions psychologiques qui se regroupent sous le diagnostic d’un état de stress post-traumatique (ÉSPT). Ces événements se démarquent alors d’un simple conflit de couple ou d’un deuil, qui sont néanmoins des situations stressantes. Ces événements sont qualifiés de « traumatiques ».

Pourtant, tout le monde ne réagit pas de la même manière à une situation stressante. Certaines personnes ne la perçoivent pas comme suffisamment bouleversante, alors que d’autres y résistent. Par exemple, un soldat qui a été entraîné et préparé pendant des mois à réagir lors d’une situation de combat aurait tendance à percevoir cette situation comme faisant partie de son travail. À l’inverse, une personne qui n’a jamais connu la guerre et qui se retrouve au milieu d’un champ de bataille, sans arme, pourrait se sentir impuissante et démunie très rapidement. Néanmoins, il est important de préciser que tout le monde est à risque de développer un ÉSPT. Alors, comment pouvons-nous définir un événement traumatique ? En quoi un événement traumatique se distingue-t-il d’un événement très stressant ?

Définir ce qu’est un événement traumatique n’est pas simple

Il est difficile de définir ce que représente un événement traumatique. Sa définition a évolué au fil du temps et son évolution est d’ailleurs étroitement liée à l’histoire du diagnostic d’ÉSPT. En effet, celui-ci n’est apparu qu’en 1980, dans la troisième version du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-III), un guide pour les professionnels de la santé1. L’année 1980 est importante, car elle représente l’aboutissement d’un long combat des associations de vétérans de la guerre et de psychiatres pour faire reconnaître le fait que les réactions (difficultés de sommeil, cauchemars ou images  intrusives  de  l’événement  pendant  la  journée) vécues par les vétérans témoignaient d’une souffrance psychologique préoccupante. Par conséquent, la reconnaissance de ce diagnostic légitimait ces réactions que les personnes pouvaient développer à la suite d’un événement traumatique. On admettait enfin l’existence d’un événement traumatique et la réalité d’une situation anormale qui perturbait la vie de la personne touchée. Ainsi, les réactions d’ÉSPT développées par un vétéran du Vietnam, par exemple, n’étaient plus considérées, par le milieu médical, comme une faiblesse ou comme étant anormales.

À ce moment-là, la première définition de l’événement traumatique était plutôt vague. On le percevait comme un événement stressant qui provoquait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus. Dans les versions suivantes du DSM, cette définition s’est élargie. Ainsi, dans la troisième édition révisée du DSM (1987), l’événement ne devait plus être vécu directement par la victime, mais celle-ci pouvait aussi être témoin d’un tel événement se produisant chez une autre personne. Dans la quatrième édition révisée du DSM (2000), un événement était alors qualifié de trauma- tique si les deux éléments suivants étaient présents : 1) « la personne avait vécu, avait été témoin, ou avait été confrontée à un événement, ou à des événements durant lesquels des individus avaient pu mourir ou être très gravement blessés ou bien avaient été menacés de mort ou de grave blessure, ou bien durant lesquels son intégrité physique ou celle d’autrui avait pu être menacée » et 2) « la réaction du sujet à l’événement s’était traduite par une peur intense, un senti- ment d’impuissance ou d’horreur ». Cette nouvelle définition permettait alors d’appliquer le diagnostic d’ÉSPT à une population plus large.

Avec les recherches actuelles sur l’ÉSPT, sa définition a été de nouveau révisée avec la parution du DSM-5 (2013). Une personne était considérée avoir vécu un événement traumatique si elle « avait vécu, avait été témoin, ou avait été confrontée à un événement ou à des événements durant lesquels des individus avaient pu mourir ou être très gravement blessés, ou bien avaient été menacés de mort ou de graves blessures, ou avaient subi de la violence sexuelle, ou encore qu’elle avait été exposée à des détails aversifs ». Selon cette nouvelle définition, il est maintenant considéré que la personne peut avoir appris que cet événement a été vécu par un ami ou par un membre de sa famille proche. Par conséquent, certaines expériences, par exemple une exposition répétée aux détails d’agressions sexuelles énumérés par un policier, sont considérées comme des événements potentiellement traumatiques. Néanmoins, apprendre à la télévision qu’un tsunami s’est produit ne pour- rait pas porter le terme d’événement traumatique pour la personne qui l’apprend à moins qu’un proche (ami, membre de la famille) soit impliqué dans cet incident.

Est-ce différent chez les enfants ?

Un événement traumatique ne se produit pas uniquement à l’âge adulte. Les enfants peuvent aussi être victimes d’une telle situation. Il en est de même pour l’ÉSPT qui peut survenir à tout âge après la première année de vie.

Le DSM-5 définit de manière identique un événement traumatique chez l’adulte et chez les enfants âgés de plus de six ans. Néanmoins, pour la première fois, il fait une distinction dans les catégories d’âge. Il ajoute une précision pour les enfants de moins de six ans, soit l’implication d’un des parents ou de la personne responsable de l’enfant dans l’événement. Aussi, il sépare, pour la première fois, les réactions post-traumatiques chez les adultes, les enfants de plus de six ans et les enfants de moins de six ans.

En bref…

Presque quatorze ans après la première définition d’un événement traumatique, beaucoup de changements se sont produits. Bien que le diagnostic d’ÉSPT ait provoqué beaucoup de résistance, il suscite aujourd’hui un grand intérêt dans le mi- lieu de la recherche. Beaucoup de chemin a été parcouru en affirmant l’existence d’un événement traumatique et d’autres changements sont sans doute à prévoir dans le futur afin d’aider au mieux les personnes touchées.

1.  SCOTT, W.J., PTSD in DSM-III: A Case in the Politics of Diagnosis and Disease. Social Problems, 1990. 37(3): p. 294-310.