Entrevue avec André Marchand, professeur au Département de psychologie de l’UQÀM

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André Marchand est professeur titulaire au Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) et codirecteur du Centre d’étude sur le trauma de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM). Ses intérêts de recherche portent sur l’évaluation et le traitement cognitif et comportemental des troubles anxieux, principalement le trouble panique, l’état de stress post-traumatique ainsi que le trouble d’anxiété généralisée.

Certains travailleurs sont plus à risque d’être exposés à un nombre élevé d’événements traumatiques (ÉT) en raison de la nature de leurs tâches. Cela concerne notamment les soldats, les policiers, les ambulanciers, les pompiers, le personnel d’urgence et également les intervenants auprès des personnes ayant vécu un ÉT. Quelles sont les réactions de ces travailleurs et comment font-ils face à ces événements ?

Juliette Jarvis – Les travailleurs régulièrement exposés à des événements traumatiques sont-ils affectés ?

André Marchand – Oui, en effet, vivre de façon récurrente des ÉT peut notamment rendre ces individus plus vulnérables à développer un état de stress post- traumatique (ÉSPT). Ils n’ont pas toujours le temps de récupérer et de s’adapter aux ÉT fréquents ou les capacités de bien gérer le stress extrême et récurrent. Si dans leur vie personnelle ou au travail ils éprouvent des difficultés majeures, des stresseurs importants, par exemple, cela peut devenir un facteur de risque accru. Ces personnes peuvent ainsi être affectées et devenir également plus vulnérables à d’autres troubles psychologiques.

J.J. – Les impacts sont-ils proportionnels à la gravité de l’événement ?

A. M. – L’événement en soi est un facteur qui joue sur l’intensité des réactions. Si l’événement est perçu comme très morbide ou horrible ou s’il a mis en cause la vie de l’individu ou celle de ses collègues, cela peut avoir un impact plus important. Cependant, ce ne sont pas toujours des incidents majeurs. Cela peut être un événement plus mineur, mais associé à des ÉT antérieurs, qui peut déclencher des réactions post-traumatiques. Les travailleurs ne sont peut-être pas suffisamment informés de cela. Ce n’est pas parce qu’ils ont vécu plusieurs événements qu’ils vont être « immunisés » concernant de nouveaux événements.

J.J. – Quels sont les facteurs qui peuvent aider ces travailleurs à mieux faire face à de telles situations ?

A. M. – Plusieurs éléments peuvent contribuer à atténuer leurs réactions, par exemple une personnalité résiliente, la présence de soutien social et certains facteurs organisationnels. Ces travailleurs sont souvent sélectionnés selon leur capa- cité à bien réagir au stress. Dans le cas des pompiers et des policiers, par exemple, ce sont aussi des personnes généralement en très grande forme physique, ce qui peut être un facteur favorisant une meilleure récupération. De plus, la plupart de ces travailleurs reçoivent des formations sur les tâches à accomplir, mais aussi sur la gestion du stress durant leur exécution. On leur apprend à mieux réguler leurs émotions et les réactions physiologiques intenses qui peuvent survenir dans des situations difficiles, par exemple par diverses méthodes de détente. Particulièrement, on leur fournit aussi de l’information sur les réactions de stress à la suite d’un ÉT afin de normaliser les réactions à venir.

Par ailleurs, lorsqu’ils vivent un ÉT, la plupart de ces travailleurs sont soutenus par leur organisation et suivis par des professionnels de la santé. Des interventions psychologiques visant à leur fournir des moyens pour faire diminuer les réactions post-traumatiques, le réaménagement de leur horaire, la possibilité de prendre congé ou même une médication sont des façons parmi d’autres de leur venir en aide. La prise en charge par leur milieu de travail et le soutien de leurs collègues et de leurs proches sensibilisés à ces aspects sont aussi des facteurs qui vont leur permettre d’éviter de développer davantage de réactions.

J.J.  –  Comment  peut-on  accompagner ces travailleurs qui seront de nouveau confrontés à des événements traumatiques ?

A. M. – En plus d’un soutien immédiat après l’événement et d’un suivi par la suite, il est possible de changer temporairement l’affectation des travailleurs, s’ils présentent encore des réactions post- traumatiques, afin de leur permettre de ne plus être en contact avec ces situations. Ceci peut faciliter le processus de récupération, mais aussi éviter le risque qu’ils maintiennent ou développent encore plus de réactions s’ils sont réexposés à un autre événement. Si nécessaire, on peut entreprendre un processus thérapeutique à plus long terme et favoriser un retour au travail dans les mêmes fonctions qu’occupaient les travailleurs avant l’ÉT.