Un trauma, est-ce pour la vie? Puis-je être guéri, redevenir comme avant?

Au cours de leur vie, les trois quarts des Canadiens vivront au moins un événement potentiellement traumatique (EPT) et 10% d’entre eux développeront un état de stress post-traumatique (ESPT)1. Le parcours d’une victime commence par l’exposition à un EPT et ce dernier peut survenir dès l’enfance et ainsi constituer un premier pas vers le développement d’un ESPT futur. Le parcours des victimes varie beaucoup d’un individu à l’autre. Pour bien comprendre, il faut prendre en considération un certain nombre de facteurs. Premièrement, il faut considérer le point de départ qu’est «l’exposition» à un premier EPT, qui est susceptible d’engendrer des réactions post-traumatiques. Ce premier événement peut laisser des traces relativement «invisibles» dans le sens où le fonctionnement de l’individu ne s’en trouve pas toujours altéré. En lien avec cela, vient aussi la notion du nombre et du type d’événements vécus (p. ex.: les agressions sexuelles ont généralement un impact plus grand que d’autres types d’EPT). À cet effet, le fait d’avoir été exposé à quatre EPT ou plus constitue une sorte de seuil qui rend un individu significativement plus à risque de développer un ESPT1. Deuxièmement, des facteurs de risque et de protection peuvent influencer le parcours de la victime après qu’elle a été exposée. Nous savons par exemple que le fait d’avoir eu des problèmes de santé mentale antérieurement augmente sensiblement le risque de développer un ESPT à la suite d’un EPT, alors que la présence d’un bon réseau de soutien social aurait pour effet de réduire ce risque. Pour résumer, disons que le fait d’être exposé à un EPT ne signifie pas qu’un individu sera nécessairement «traumatisé». Mais en contrepartie, il semble que chaque EPT vécu rend un individu plus vulnérable à développer un ESPT. Mais qu’en est-il quand un ESPT se développe? Dure-t-il toute la vie?

La durée d’un ESPT est très variable d’un individu à l’autre, mais chez la majorité de ceux qui l’ont développé, les symptômes seront présents plus d’un an1. Toutefois, l’ESPT peut disparaître de deux façons. La première est par «extinction naturelle». Ce cas survient quand le «conditionnement de peur» qui s’est installé à la suite d’un EPT disparaît peu à peu, un processus dont la durée peut s’étendre de quelques semaines à plusieurs années. La deuxième survient lorsque la victime reçoit un traitement qui permet, soit d’accélérer la disparition du conditionnement de peur (ce que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour l’ESPT peut faire), soit d’améliorer la condition générale de l’individu et lui permettre de reprendre graduellement son fonctionnement antérieur. Toutefois, les EPT et l’ESPT étant généralement très perturbants, ils laissent souvent des traces pour la vie.

En conclusion, la guérison d’un ESPT repose sur un assemblage de plusieurs conditions, mais il demeure important d’aller chercher l’aide d’un professionnel de la santé mentale en cas de besoin.

Référence

1. Van Ameringen, M., Mancini, C., Patterson, B., & Boyle, M. H. (2008). Post-traumatic stress disorder in Canada. CNS Neurosci Ther, 14(3), 171-181.